Entreprise sociale

La diversification des coopératives conjuguées à une complexification des formes de gestions associatives, dues aux tensions affectant les financements publics ont induit une notion d’entreprise sociale qui s’est répandue dans les deux dernières décennies sur divers continents.

Deux approches sont significatives dans la littérature anglo-saxonne : l’école des ressources marchandes prône une professionnalisation gestionnaire du tiers-secteur pour drainer plus de ressources privées venues du marché, l’école de l’innovation sociale met l’accent sur le rôle moteur d’entrepreneurs sociaux individuels. La définition d’un idéal type d’entreprise sociale par le réseau de recherche européen Emes repose sur 4 indicateurs économiques et 5 indicateurs sociaux.

Sur le plan économique les éléments retenus sont : une activité continue de production, un degré élevé d’autonomie, un niveau significatif de prise de risque économique, un niveau minimum d’emploi rémunéré.

Sur le plan social les éléments retenus sont : un objectif explicite de service à la communauté, une initiative émanant d’un groupe de citoyens, un pouvoir de décision non fondé sur la détention de capital, une limitation de la distribution de bénéfices, une dynamique participative impliquant différentes parties concernées par l’activité.

On retrouve donc des traits communs avec l’économie sociale infléchis par une instance plus forte sur la dimension entrepreneuriale, étendus pour les coopératives à une nouvelle génération de coopératives multi-sociétaires, avec un accent mis sur la dynamique participative et citoyenne renvoyant à l’économie solidaire. Si l’on se reporte aux limites rencontrées par l’économie sociale étant donné sa focalisation sur l’entreprise, on peut toutefois s’interroger sur les effets d’un tel isolement de l’entreprise par rapport au mouvement par lequel elle est portée. L’entreprise sociale peut poursuivre le plaidoyer pour la pluralisation des formes d’entreprise mais qu’en est-il de la pluralisation des principes économiques et de la démocratie ?

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Jean-Louis Laville

Jean-Louis Laville est professeur du Conservatoire National des Arts et Métiers à Paris (Cnam), où il est titulaire de la Chaire «Économie Solidaire». Il est également chercheur au Lise (Laboratoire interdisciplinaire pour la sociologie économique, CNRS-Cnam), à l’IFRIS (Institut Francilien Recherche Innovation Société) et au Collège d’études mondiales – Fondation Maison des Sciences de l’Homme où il dirige le programme d’études « Démocratie et économie plurielles ».
Impliqué dans de nombreux réseaux de recherche internationaux, il est membre du conseil d’administration du Karl Polanyi Institute of Political Economy, membre fondateur du réseau européen EMES (qui étudie l’économie solidaire, l’économie sociale, et le tiers-secteur) et du réseau sud-américain RILESS (Réseau de Chercheurs Latino-américains sur l’Économie Sociale et Solidaire).
Il est régulièrement invité dans plusieurs universités (Barcelone, Buenos Aires, Quito, Louvain-la-Neuve, Porto Alegre, Salvador de Bahia…) et est associé à des laboratoires de recherche étrangers tels que le CRIDIS (Centre de Recherche Interdisciplinaire, Louvain-la-Neuve) et le CRISES (Centre de Recherche Interdisciplinaire en Sciences Humaines et Sociales, Montréal).